Oui, les enfants et adolescents peuvent enfourcher leur vélo pour se rendre à l’école ou au collège. Le 26 mai dernier, 100% des élèves des écoles maternelles Louis Armand et le Mas des îles, à Seyssins (Isère, 6900 habitants), ont fait ce choix. 100%. Cette performance s’inscrit dans le cadre d’un concours entre les écoles et collèges de l’agglomération grenobloise, organisé chaque année, depuis 2005 par l’ADTC. L’Association pour le développement transports en commun, des voies piétonnes et cyclables de la région grenobloise, c’est son nom complet, constitue le plus ancien regroupement des usagers de transports de France, et promeut l’ensemble des alternatives à la voiture individuelle.

57 écoles, 9300 élèves. Ce 26 mai, c’était un jeudi, 57 établissements de l’agglomération, soit 17 de plus qu’en 2015, et 9300 élèves, participaient au défi organisé par l’association avec l’aide des enseignants, des parents et des services des mairies. Dans certaines communes, la collectivité avait prêté des barrières métalliques « Vauban » pour y stationner les petits vélos.

Les enfants de l'école du Mas des ... Draisiennes et cargos. Pour arriver à ce chiffre colossal de 100% dans deux écoles maternelles, les parents et enseignants, chargés de compter les élèves, ont pris en compte les draisiennes (vélos sans pédales, du nom de l’inventeur de la bicyclette, le baron Karl Drais), mais aussi les enfants voyageant sur le porte-bagage d’un adulte ou dans la caisse d’un « vélo-cargo » (définition via « Cargologie » ici).

D’autres écoles et collèges ont fait presque aussi bien (les résultats complets), l’école élémentaire Gabriel Péri à Saint Martin d’Hères (98%), la maternelle Françoise Dolto à Echirolles (88%), ou le collège Jules Verne à Varces (28%). Les collégiens, plus éloignés et sans doute moins sensibles aux incitations de leurs parents et enseignants, ont moins utilisé le vélo que les plus jeunes.

Agathe emmène ses enfants. Strasbo... Mauvaises habitudes motorisées. Bien sûr, il s’agit d’une opération de communication. L’ADTC cherche avant tout à sensibiliser les enfants et leurs géniteurs, alors que la plupart des trajets entre domicile et école continuent de mobiliser la voiture des parents. Une mauvaise habitude, alors que l’école est située dans l’immense majorité des cas dans la commune de résidence, à 2 ou 3 kilomètres au plus du domicile.

Les conséquences de cette pratique quotidienne ont été étudiées : congestion et insécurité routière aux abords des écoles, pollution aux particules fines, difficultés de concentration liées au manque d’exercice, surpoids voire obésité. L’école constitue en outre le point de départ d’une série de déplacements chaînés qui justifient, aux yeux du parent, l’usage de la voiture. « Je dois conduire mon enfant donc je continue en voiture pour aller au bureau », même s’il n’est qu’à deux ou trois kilomètres. Et inversement, « comme je prends la voiture, je peux conduire mon enfant ».

En multipliant le nombre de trajets à vélo, on désamorce l’ensemble de ces risques. Bien sûr, l’ADTC pourrait également comptabiliser les trajets à pied ou en transports publics, qui présentent les mêmes avantages. En centre-ville, les élèves se rendent naturellement dans leur établissement par ces moyens. « Pour cette raison, les écoles de Grenoble obtiennent de moins bons scores que celles des autres communes de l’agglomération », explique-t-on au siège de l’association.

Et d’ailleurs, en septembre 2014, sur ce blog, « et si on allait à l’école à pied ».

La sensibilisation semble en tous cas porter ses fruits. « Les écoles élémentaires dont les élèves avaient déjà participé au concours lorsqu’ils étaient à la maternelle obtiennent de bien meilleurs scores », note l’ADTC. Pour changer d’habitude, mieux vaut s’y prendre tôt.